Après 22 ans d’absence, un couple de hiboux grands-ducs s’était réinstallé dans la région de St-Léonard: le mâle vient d’être retrouvé mort, électrocuté sur la ligne CFF du Simplon. fauna.vs demande l’assainissement rapide de tous les pylônes dangereux appartenant à la régie fédérale en Valais, selon ce qui est préconisé par le Plan d’action Biodiversité Suisse.

Le hibou grand-duc est un rapace nocturne rarissime en Valais. Alors que l’espèce était quasiment éteinte dans les années 1960-70, on compte actuellement une dizaine de couples nicheurs dans le canton. Un couple s’était installé dans les années 1980 dans la région de St-Léonard, mais les deux partenaires avaient été retrouvés morts électrocutés dix ans plus tard, en 1996. Depuis, plus aucun signe de présence sur ce site, jusqu’à cet hiver. Raphaël Arlettaz, membre du comité de Fauna.vs, Société Valaisanne de Biologie de la Faune sauvage, et professeur à l’Université de Berne, qui suit et étudie l’espèce en Valais depuis plus de 30 ans, nous explique :«Cela faisait 22 ans, soit depuis 1996, que j’attendais leur retour dans le secteur. L’année passée, les ornithologues avaient eu un premier indice de présence, suivi par la confirmation de l’installation d’un couple début janvier 2019 dans les gorges proches. J’attendais cet événement depuis si longtemps! Or, un mâle né en 2017 (selon son plumage) a été retrouvé électrocuté sur un pylône proche de la gare de St-Léonard à fin janvier 2019. Ce dimanche matin 3 février, j’ai contrôlé le site dans les gorges où le couple avait élu domicile: c’est bien le mâle fraîchement réinstallé qui fait défaut... Désespérant, mais il y a tellement d’électrocutions de grands-ducs dans la plaine valaisanne que je suis devenu un peu fataliste».

Depuis les années 1990, la population de grands-ducs du Valais et du Chablais vaudois limitrophe a toujours fluctué à bas niveau, selon les relevés des ornithologues. Cette situation intrigante avait débouché sur un vaste projet de recherche de l’Université de Berne, sous la houlette de Raphaël Arlettaz, afin d’en comprendre les causes. Des dizaines de jeunes hiboux grands-ducs avaient été munis de balises satellitaires pour mieux cerner le problème. Les résultats étaient sans appel: l’électrocution est la source de mortalité numéro 1 chez les grands-ducs, bien avant les collisions avec les câbles, les véhicules et les trains. L’assainissement des pylônes électriques dangereux devenait dès lors une absolue nécessité pour la survie des grands rapaces de plaine, tel le hibou grand-duc.

Dans la foulée, l’équipe de l’Antenne valaisanne de la Station ornithologique suisse s’est chargée d’inventorier les pylônes électriques problématiques (tous ne le sont pas, loin de là et heureusement!) des réseaux de distribution valaisans. Plus de 1500 pylônes comportant des structures présentant un risque d’électrocution ont été recensés et dûment documentés sur un site internet à usage des services publics et des distributeurs d’électricité. La démarche des ornithologues a permis de lancer les premières opérations d’assainissement qui devraient être poursuivies sur l’ensemble du canton. Un exemple à suivre est celui de la région du Coude du Rhône, où des structures empêchant aux grands oiseaux de générer un court-circuit mortel ont été installées sur plusieurs pylônes à l’architecture problématique, tandis que plusieurs lignes à moyenne tension, qui sont de loin les plus dangereuses, ont été enterrées par la SEIC, le distributeur électrique local. Depuis, les grands-ducs se porteraient mieux dans ce secteur.

Le cas de l’électrocution à St-Léonard montre que ce ne sont pas seulement les lignes des distributeurs régionaux qui causent cette surmortalité des grands-ducs, mais également certains pylônes ferroviaires anciens des CFF. Ce type de pylônes problématiques n’avait jusqu’ici pas été recensé par les ornithologues qui n’avaient pas ausculté le réseau CFF. Sur la base d’une visite de terrain effectuée lundi 4 février par R. Arlettaz, seuls 13 pylônes problématiques existent le long de la ligne ferroviaire qui court de Sierre à Sion et qui en compte des centaines. Appartenant à un système archaïque en voie de remplacement, toutes ces structures potentiellement fatales pour les grands rapaces sont situées aux alentours de la gare CFF de St-Léonard, là où justement notre jeune mâle a péri.

Dans le Plan d’action Biodiversité Suisse de 2017 il est prévu que la régie fédérale assainisse l’ensemble de son réseau afin de le rendre conforme à la législation en vigueur en matière de protection de la faune. Les Offices fédéraux de l’énergie et des transports, les CFF et la Station ornithologique suisse sont en train de plancher sur cette question. Dans l’immédiat, il serait souhaitable que les CFF entrepennent dès que possible des travaux d’assainissement en neutralisant sans tarder les pylônes problématiques de St-Léonard. De façon plus générale, à l’heure on l’on rajoute au paysage des infrastructures potentiellement fatales aux oiseaux et aux chauves-souris, comme par exemple les éoliennes, il serait bon de songer à neutraliser les infrastructures plus anciennes, afin d’éviter que ces sources de mortalité si problématiques pour la biodiversité ne s’accumulent au cours du temps. 

fauna.vs envisage de lancer une pétition pour que des mesures d’assainissement de l’ensemble du réseau électrique cantonal se poursuivent à un rythme plus soutenu que jusqu’ici, tant au sein du réseau CFF qu’au sein des réseaux des autres distributeurs. Le but est double: préserver notre patrimoine biodiversitaire et éviter aux entreprises les coûts générés par le rétablissement des lignes après les courts-circuits provoqués par les électrocutions de rapaces.